Les anglo-saxons le surnomment “CLT”, un acronyme de sa dénomination complète : Cross-Laminated Timber. Entendez par là “Bois Lamellé-Croisé”, dans sa traduction française. Cette technique de construction en bois, économique et esthétique, séduit de plus en plus d’architectes. On vous explique pourquoi.

Les architectes écologistes ne jurent que par lui : le bois est un matériau naturel aux multiples avantages. Bon marché, doté d’un charme à la fois rustique et moderne, il réduit le temps de livraison des chantiers tout en assurant leur durabilité. Encore peu connu du grand public, le CLT est aujourd’hui plébiscité par de nombreux constructeurs contemporains. Des plaines gelées du Canada aux quartiers high-tech de Tokyo, le Bois Lamellé-Croisé redessine les contours de l’architecture moderne.

C’est quoi, concrètement, le CLT ?

C’est à l’ingénieur Pierre Gauthier que l’on doit son invention. En 1947, le scientifique souhaite diminuer les coûts de réalisation ainsi que le délai de livraison de sa propre résidence. À force de recherches et d’essais, une idée éclot dans son esprit : pourquoi ne pas utiliser de fines lamelles de bois pour bâtir sa maison ? Mais exit les constructions classiques en bois. Pour que sa résidence soit stable et peu énergivore, il développe un nouveau concept : le CLT.

Concrètement, le Cross-Laminated Timber consiste en un panneau multicouches, composé de 3 à 11 lamelles de bois d’une épaisseur moyenne de 30 mm. Pour éviter que le bois lamellé ne se fendille au moindre choc, les différents constituants sont placés de manière perpendiculaire. En d’autres termes, chaque panneau forme un angle de 90° avec celui qui le suite et avec celui qui le précède.

Solides, peu onéreuses, faciles et rapides d’utilisation, ces lamelles en bois font le bonheur des architectes. Le CLT a notamment permis de construire la tour Hypérion – un immeuble de 17 étages et d’une hauteur de 55 mètres – en un temps record de 18 mois. Lors de sa livraison, en juin 2021, l’immeuble bordelais s’est officiellement placé en tête des plus hauts bâtiments en CLT du monde.

Des caractéristiques techniques innovantes

Outre l’agencement perpendiculaire des lamelles en bois, le CLT présente d’autres éléments structuraux caractéristiques. Premièrement : ses dimensions. Si le Bois Lamellé Croisé plaît autant, c’est entre autres parce qu’il est possible de réaliser des plaques mesurant jusqu’à 20 mètres de long sur 4 mètres de large. Cela implique un gain de temps non négligeable lors du montage des murs. Sans le CLT, il aurait fallu plus de deux ans pour permettre à l’immeuble Écocondos de voir le jour. Avec ses 13 étages, ce bâtiment éco-construit fait la fierté des résidents de Point-aux-Lièvres. À lui seul, il est la preuve de la fiabilité de cette technique de construction. Deuxièmement : la colle. Pour s’assurer que les planches ne se décollent pas, les industriels ont recours à des colles extrêmement fortes. Le secret de leur résistance ? Le phénol-résorcine-formaldéhyde (PRF), le polyuréthane (PUR) ou l’émulsion de polymère isocyanate (EPI). Dans certains cas, les plaques sont soudées les unes aux autres par aboutage. Troisièmement : les essences de bois utilisées. Par nature, le bois est un matériau à la fois réconfortant et chaleureux. Pour garantir cette touche “cosy”, les fabricants se servent uniquement de sciages de sapin, d’épicéa, de pin maritime, de pin sylvestre ou de douglas.

Les avantages/inconvénients du CLT

Les Pro’s

Grâce au CLT, la livraison de bâtiments prend une toute autre dimension. Cette technique supprime le temps de séchage et permet par conséquent de réaliser les finitions ou de poser la toiture sans attendre. Sans surprise, les chantiers privilégiant cette technique sont menés à terme beaucoup plus rapidement. Ce fût le cas, au Canada, pour le Condominiums du District 03 – un bâtiment de 6 étages – achevé en 23 jours seulement !

Par ailleurs, le CLT dispose d’une dimension écologique non négligeable. De fait, toutes les essences de bois exploitées lors de la fabrication des lamelles proviennent de forêts PEFC ou FSC. Pour les protecteurs de la nature, recourir au CLT est le synonyme d’une maison en harmonie avec son environnement.

En contrepartie de ce geste pour la planète, les résidents de maisons construites en CLT peuvent bénéficier d’une hygrométrie idéale. Le bois est un matériau qui respire et régule naturellement l’humidité de l’air ambiant. Mieux encore, grâce à son important pouvoir isolant, il fait office de régulateur de température. En été, le CLT s’assure que l’air chaud rejoigne l’extérieur. En hiver, le bois se charge de retenir à l’intérieur tous les degrés Celsius à même de réchauffer l’espace.

Les Con’s

Toutefois, avant d’opter pour ce matériau novateur, il est nécessaire de se pencher sur ses limites. Son principal point faible réside au niveau de l’isolation acoustique. Du fait de sa faible épaisseur, il n’empêche pas aussi bien la diffusion du son que le béton. Pour autant, cet inconvénient est loin d’être une fatalité : pour maximiser le confort acoustique des constructions en CLT, il est possible d’installer des bonds en caoutchouc, des plafonds suspendus ou des planchers flottants. D’un point de vue strictement écologique, la présence de colle forte est également questionnable. Mais, une fois encore, il existe des solutions et alternatives. Ces dernières années, le marché a vu arriver des CLT hybrides, plus faciles à recycler.